Vendredi 5 mars 2010 5 05 /03 /Mars /2010 17:16

http://www.campingqualite.com/wpFichiers/1/Visuels/21/Fut-de-cognac-dans-un-chai-en-charente-maritime-0.jpgTransduction culinaire d'un extrait des "Crimes exemplaires" de Max Aub.



Si je n’ai pas mes huit heures à table je suis un homme perdu, un peu comme un blanc d’œuf sans jaune, et j’avais dû engloutir le repas en sept minutes. Il était deux heures, l’heure où le dîner aurait dû s’achever dans la bonne humeur, et ils étaient repus, ils étaient vautrés dans les fauteuils, béats, babas ramollis de mauvais rhum antique. Et Dieu sait que je n’avais pu faire autrement que de les inviter à dîner : potage de fenouil, coquilles St-Jacques au safran, cuisseau de sanglier rôti, airelles en coulis, plateau de fromage ET ronde de desserts.

 

Ils jacassaient comme des pies, ils caquetaient comme des chapons avant l’Avent, à n’en plus finir, et se relançaient l’un à l’autre la conversation, ils l’emmêlaient de bredouillis, leur ignorance flottant à la surface de leur bavardage comme autant d’yeux graisseux surnageant dans un bouillon, et parlaient à tort et à travers de choses inutiles, vulgaires pommes vapeur d’une sottise sans condiment. Et je devais porter verres de cognac, Napoléon, XO hors d’âge, et autres tasses de café, Kopi Luwak de Sulawesi, ils les buvaient sans y prêter la moindre attention, et en y ajoutant du sucre, les mufles ! Soudain il lui vint à l’idée, à elle, que nous pourrions reprendre leur pari stupide du « qui qui bouffe le plus vite ? », un peu plus tard, avec une soupe à l’ail. (Ma cuisinière est très réputée). Je n’en pouvais plus : comment oser réclamer une soupe à l’ail après la charlotte aux fruits ? Je les avais invités à dîner parce que je ne pouvais faire autrement, parce que je suis bien élevé et que je crois en la vertu pacificatrice des agapes partagées. Mon menu s’avérait décidément être perle à des porcelets.

 

Ils étaient arrivés plus ou moins à neuf heures et demie, sans prendre le temps d’un apéro, ils m’avaient fait dépenser la moitié de mon salaire chez le traiteur, avaient dévoré les mets les yeux rivés au chronomètre, vidé ma cave en un clin d’œil, il était deux heures du matin et ils ne semblaient pas vouloir s’en aller. Je ne pouvais chasser la crème anglaise de ma pensée, son ruban blond qui n’attendait que de s’étirer de nouveau vers mon palais, parce que je ne pouvais en reprendre maintenant, car, au-delà de tout : je suis bien élevé, au lait frais et entier, pas au carton UHT. J’avais dû enfourner quatre plats en sept minutes et si je ne savoure pas durant mes huit heures je suis morne toute la journée, rugueux comme un dos de thon, et de surcroît ce qu’ils racontaient ne m’intéressait pas, absolument pas. Pas un pour relever la saveur d’un fruit, les tanins du vin, le velouté d’un plat. Bien entendu j’aurais pu agir comme un être grossier et d’une façon ou d’une autre leur dire de s’en aller, tout faire retomber comme un soufflé. Mais ce n’est pas dans ma manière. Ma mère qui fut veuve très jeune m’a inculqué les meilleurs principes. Ainsi, je ne parfume ma purée de carottes que de quelques feuilles de thym, pour la relever un peu, sans en gâter le fumet. Mais là, je n’avais qu’une seule envie : lécher la casserole restée sur la table de la cuisine, et dormir, le reste m’importait peu. Je n’avais pourtant pas tellement faim, ni sommeil, je pensais seulement à l’envie que j’en aurais le lendemain : voir mon doigt disparaître dans un petit monticule de vanille fondue que je lècherais avec délectation, renonçant à me brosser les dents, et ouvrir ma journée dans le souvenir de la gousse sur mes papilles qui me ferait vivre plus doux. Et puis mon éducation m’empêchait de simuler ces rots qui sont le moyen habituel des personnes ordinaires, celles qui recourent aux produits sous cellophane, jetés sans amour au fond d’un panier de supermarché, pour se débarrasser de la corvée repas, après une longue journée de labeur.

Et vous par-ci et vous par-là et les Big Mac, et le Coca, et ça et le reste. Le cheeseburger, le plat en carton, le soda en boîtes le restauroute, le maïs transgénique, le Capitaine Igloo (je déteste le poisson pané). Le samedi un hot-dog (je déteste les saucisses industrielles). Ah ! la quattro stagioni surgelée ! (à ce moment-là je détestais aussi l’Italie) et le prêt-à-manger qui ronflait et ronflait

Et vous, qu’en pensez-vous ? Et vous, et vous et vous Et Quick, et Pizza Hut, et Burger King (je déteste la monarchie entre deux tranches de pain mou). Et la lécithine partiellement hydrolysée, le sorbate de sodium, et les lipides, les pyrophosphates de calciums
Et cet ennui qui ressemblait tellement à une indigestion.

 

Par La silure - Publié dans : Max Aub
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Mercredi 3 mars 2010 3 03 /03 /Mars /2010 20:09
http://farm3.static.flickr.com/2156/2460242206_5ae42f8bcb.jpg?v=0Jeu proposé par les Papous de France culture: écrire un texte en vers ou en prose reprenant ces dix mots issus d'un texte d'Alphone Allais:

 

-         anglaise

-         rigolo

-         toupet

-         gazouillant

-         taureau

-         froidement

-         système

-         automatique

-         échantillon

-         mine

 

 

 

 

Distractions

 

Elle ponctuait ses phrases par de petits hochements de tête. A chaque virgule, sa boucle d’oreille droite venait frapper contre son cou, griffant sa chair d’une marque rouge à peine perceptible, et à chaque point, les anglaises qui encadraient son front se tordaient de haut en bas comme de vieux ressorts de matelas. « … et ils trouvaient ça vulgaire que je ne trouve pas ça  rigolo ! Non mais quel toupet » Elle  me racontait pour la dixième fois au moins le spectacle qui l’avait mise en rage la veille au soir. Sa colère n’empêchait ni les merles de venir picorer les miettes abandonnées au coin de son assiette, ni les moineaux de s’éloigner en gazouillant à leur approche. « … ce pauvre taureau, poursuivi sans relâche par ces gars au costume ridicule, avec tous ces Madrilènes sangsues qui applaudissent à tout rompre dès que les peones se pointent pour lui enfoncer froidement leurs banderilles dans l’épaule… »  Elle attaquerait bientôt le couplet sur la violence du monde et la brutalité du système. Elle se dirait bientôt qu’il vaudrait mieux « dégommer tous ces cons à l’arme automatique » après leur avoir fait bouffer ces trophées qu’ils prélevaient sur la bête encore tiède après l’estocade, « comme autant d’échantillons de leur cruauté ». Je faisais mine d’acquiescer et pourtant, je ne voyais que ce moustique qui, inéluctablement, remontait vers son genou.

Par La silure - Publié dans : En vers, en prose
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Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 09:42
IMG_5010.JPGLa Silure a enfilé son masque de Cid Larsen et a aussi commis un roman "probatoire", commencé aux Récréations oulipiennes de Bourges cet été. De nombreux amis à plumes s'y sont mis aussi et finalement le texte fut achevé (dans tous les sens du terme!) cet hiver sous la neige. Vous le trouverez dans son intégralité ici.
A tous, bonne lecture.
Aux deux copines A-et C-Cid, à Annick, Gérald, Jean-Marc, Jean-Paul, encore une fois merci, merci, merci
!
Par La silure - Publié dans : En vers, en prose
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 21:09
IMG_5197.JPGD'après la textée proposée par Eva Almassy sur le Forum des Papous de France Culture



1° Quand le vin est tiré, il faut le boire en chœur 

2° La meilleure cuvée, millésime et Château

3° Chaque tonne vidée des vignes du Seigneur

4°Chauffera notre cœur, devant le froid fourneau.

 

5° Ami si maussade, tes yeux tremblent et s’embuent ?

6° Par l’herbe à volutes venue d’un pays loin

7° Abracadabrant brut, mieux qu’ivres d’avoir bu

8° Lampons : sous les marais, la cave ! Non aux chafouins !

 

9° Nous connaîtrons ensemble un lendemain qui hante

10° Acharnés à vomir, nous ne nous verrons plus

11° Intempérance et migraine, un coup dans l’élytre

 

12°O lichette d’ivresse, accapares et m’enchantes

13° Ma tête cogne à vide, où donc suis-je venu ?

14° Le verre est triste, hélas ! et j’ai bu tous les litres.

 

Par La silure - Publié dans : Textée
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /Déc /2009 13:42


Jeu propagé par les
Papous dans la tête: il s'agit de reconstituer la moitié manquante de la conversation téléphonique suivante, à vos plumes.

 


-          

-         Evidemment. Jamais devant.

-          

-         C’est l’autre.

-          

-         En bois.

-          

-         Entre la baie vitrée et l’escalier.

-          

-         Ne fais pas ça, malheureux.

-          

-         Je t’en suis vraiment redevable.

-          

-         T’as pris le zèbre ?

-          

-         Il tire un peu sur les côtés.

-          

-         Quel rapport avec Brassens ?

-          

-         A cette heure-ci, oui, c’est ouvert.

-          

-         Prends le deuxième… ou le troisième.

-          

-          L’éloge funèbre ?

-          

-         Sur le dos ? Haha ha.

-          

-         Qu’à moitié, tu l’as dit. Ils sont là?

-          

-         Non, rien. Ni derrière, ni devant.

-          

-         Ça monte, normal..

-          

-         Des fois. Une question d’habitude. Mais ça dépend aussi du cadre, bien sûr.

-          

-         Ca m’écœure !

-          

-         Une vieille dette... qui m’a sauvé la vie.

-          

-         J’espère que les cintres sont solides ! Et le cri ?

-          

-         Trois heures, tout au plus. Mais tu me tires une belle épine du pied.

-          

-         Merde !

 

 

 

 


Par La silure - Publié dans : En vers, en prose
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