Transduction

Dimanche 5 février 2012 7 05 /02 /Fév /2012 20:48

banksy-graffit-removal.jpgLe texte original, c'est ici.

1) Version petite fille:

Utiliser des cheveux longs avec des atours simples pour commencer.
Taper sur vos joues pour donner de la couleur et inviter les petites filles à faire comme vous.
Commencer un pas et laisser les petites filles le terminer.
Pour débuter, marcher lentement pour permettre aux petites filles de saisir toutes les subtilités de la femme-objet.
Attendre quelques secondes à la fin de chaque battement de cils pour laisser la chance aux petites filles d’affûter leur sourire niais si elles le désirent.
Ajouter des gestes reliés aux battements des cils.
Imager la princesse si possible. Remplacer le personnage de conte par une icône télé. Suivre avec la télécommande à la main ce qui permettra aux petites filles de nommer quelques mannequins dans leur anorexie.
On peut demander aux petites filles d'imiter une seule pin-up de la magazine ou une seule star.
Répéter, répéter et répéter les mêmes idées reçues sur l’éternel féminin et autres stéréotypes. Comme dans tout, les petites filles apprennent en répétant les mêmes poses, les mêmes rires bêtes, plusieurs fois.
Laisser les petites filles choisir elles-mêmes leurs vêtements. Même si on chante « I’m a Barbie Girl » à onze ans, ce n'est pas bien grave. On stimule la séduction chez les petites filles et elles sont intéressées puisqu'elles croient avoir choisi elles-mêmes leur style.

2) Version extrême-gauche:

Utiliser des idées révolutionnaires avec des mots simples pour commencer.
Taper dans vos mains pour suivre le rythme et inviter les prolétaires à faire comme vous.
Commencer une révolte et laisser les prolétaires la terminer.
Pour débuter, lancer lentement le premier pavé pour permettre aux prolétaires de saisir tous les mouvements.
Attendre quelques secondes à la fin de chaque cocktail Molotov pour laisser la chance aux prolétaires de répéter le mouvement s'ils le désirent.
Ajouter des guides reliés aux mots des chants révolutionnaires.
Imager le chant si possible. Remplacer le patron-voyou par une image. Suivre avec le majeur dressé ce qui permettra aux prolétaires de reconnaître quelques personnages historiques dans le chant.
On peut demander aux prolétaires de ne suivre qu’un seul penseur de la Révolution ou un seul guide.
Répéter, répéter et répéter les mêmes chants. Comme dans tout, les prolétaires apprennent en répétant les mêmes gestes, les mêmes paroles, plusieurs fois.
Laisser les prolétaires se coltiner eux-mêmes une manif de fafs. Même si on chante l’Internationale à douze, ce n'est pas bien grave. On stimule la combativité chez les prolétaires et ils sont intéressés puisqu'ils ont choisi eux-mêmes leur ennemi de classe.

3) Version extrême-droite:


Utiliser des idées courtes avec des mots simples pour commencer.
Taper sur vos voisins pour suivre la masse et inviter les électeurs à faire comme vous.
Commencer un slogan et laisser les électeurs le terminer.
Pour débuter, haranguer lentement pour permettre aux électeurs de saisir tous les slogans.
Attendre quelques années à la fin de chaque campagne électorale pour laisser la chance aux électeurs de répéter le slogan s'ils le désirent.
Ajouter des gestes reliés aux leitmotivs des discours.
Imager la litanie genre France éternelle si possible. Remplacer la France par une image. Suivre avec le bras ce qui permettra aux électeurs d’insulter quelques étrangers dans la rue.
On peut demander aux électeurs d'insulter une seule sorte d’étranger dans la rue ou une seule religion.
Répéter, répéter et répéter les mêmes slogans. Comme dans tout, les électeurs apprennent en répétant les mêmes gestes, les mêmes slogans, plusieurs fois.
Laisser les électeurs scander eux-mêmes un slogan. Même si on chante « La France aux Français » en dehors du 1er Mai, ce n'est pas bien grave. On stimule la peur de l’autre chez les électeurs et ils sont intéressés puisqu'ils ont choisi eux-mêmes leur slogan.

Par La silure - Publié dans : Transduction
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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 21:33


Transduction. L'original, plus légumineux qu'herbu, est .

Fumer un pétard

Fumer un pétard de bonne qualité est un plaisir de choix.
Entre le gras de l’index et la pointe du majeur qui dominent les autres doigts recourbés, l'on saisit — après l'avoir humecté — par le bout le plus fin ce cône de papier que l'on tire à sa bouche pour l’allumer.
L'opération facile laisse, quand on a réussi à la parfaire sans s'y reprendre à trop de fois, une impression de satisfaction indicible.
Le léger parfum qu’exhale la première bouffée en s’échappant est doux à la narine, et la découverte de la volute comestible réjouissante.
Il semble, à reconnaître la perfection de la beu nue, sa différence, sa ressemblance, sa surprise — et la facilité de l'opération — que l'on ait accompli là quelque chose d’interdit, dès longtemps décrié et réprouvé, que l'on a eu toutefois le mérite d'exaucer.

C'est pourquoi je n'en dirai pas plus, au risque de sembler me satisfaire d'un ouvrage trop simple. Il ne me fallait — en quelques phrases sans effort — que déshabiller mon sujet, en en contournant strictement la forme : la laissant intacte mais impolie, honnie et toute prête à subir comme à procurer les délices de sa consom­mation.
...Cet apprivoisement de l’herbe par son traitement par un peu de tabac blond durant vingt secondes, c'est assez curieux (mais justement tandis que j'écris des joints attendent — il est une heure du matin — d’être roulés devant moi).

Il vaut mieux, m'a-t-on dit, que la beu soit bien sèche, âpre : pas obligatoire mais c'est mieux.
Une sorte de vacarme se fait entendre, celui des pas des parents dans l’escalier. Ils sont en colère, au moins au comble de l'in­quiétude. L’herbe se déperd furieusement en vapeurs, roussit, grille aussitôt, pfutte, tsitte : enfin, très vite planquée sous le canapé.
Mon joint, plongé là-dessous, est secoué de soubresauts, bousculé, injurié, imprégné jusqu'à la moelle de la réprobation parentale.
Sans doute la colère de la mère n'est-elle pas à son pro­pos, mais il en supporte l'effet — et ne pouvant se déprendre de ce milieu, il s'en trouve profondément modifié (j'allais écrire s'écrase...).
Finalement, il y est laissé pour mort, ou du moins très abimé. Si sa forme en réchappe (ce qui n'est pas toujours), il est devenue mou, racorni. Toute acidité a disparu de son mélange : on lui trouve un drôle de goût.
Sa feuille s'est aussi rapidement différenciée : il faut l'ôter (elle n'est plus bonne à rien), et la jeter aux ordures...
Reste ce bloc friable et savoureux, — qui prête moins qu'à d'abord vivre, ensuite à philosopher.

In, « Illicites »

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Mercredi 2 février 2011 3 02 /02 /Fév /2011 21:29

Transduction du texte de Ponge sur l'épluchage d'une pomme de terre.

 

 


Enfiler un bas

Enfiler un bas résille de bonne qualité est un plaisir de choix.
Entre le gras du pouce et la pointe de l’index tendu vers les autres doigts de la même main, l'on saisit — après l'avoir roulé — par l'un de ses élastiques ce rêche et fin tissu que l'on tire à soi pour le rapprocher de la chair appétissante du bout de sa jambe galbée.
L'opération facile laisse, quand on a réussi à la parfaire sans s'y reprendre à trop de fois, une impression de satisfaction indicible.
Le léger bruit que fait le tissu du collant est doux à l'oreille, et l'ajustement de la couture sur le gros orteil réjouissante.
Il semble, à reconnaître la perfection du pied gainé, sa différence, sa ressemblance, sa surprise — et la facilité de l'opération — que l'on ait accompli là quelque chose de juste, dès longtemps prévu et souhaité par la nature, que l'on a eu toutefois le mérite d'exaucer.

C'est pourquoi je n'en dirai pas plus, au risque de sembler me satisfaire d'un ouvrage trop simple. Il ne me fallait — en quelques phrases sans effort — qu’habiller mon sujet, en en contournant strictement la forme : la laissant intacte mais jolie, brillante et toute prête à subir comme à procurer les délices de sa consom­mation.
...Cet apprivoisement du bas par son enfilage au pied durant quelques secondes, c'est assez curieux (mais justement tandis que j'écris des résilles luisent— il est une heure du matin — sur le lit devant moi).

Il vaut mieux, m'a-t-on dit, que le pied soit verni, rouge : pas obligatoire mais c'est mieux.
Une sorte de vacarme se fait entendre, celui du sang qui bout. L’homme est en attente, au moins au comble de l’excitation. Il se déperd furieusement en vapeurs, bave, vrille aussitôt, pfutte, tsitte : enfin, très agité sur ces char­bons ardents.
Mes bas, épousant la peau, sont secoués de soubresauts, bousculés, injuriés, imprégnés jusqu'à la fibre.
Sans doute l’attente de l'homme n'est-elle pas à leur pro­pos, mais ils en supportent l'effet — et ne pouvant se déprendre de ce milieu, ils s'en trouvent profondément modifiés (j'allais écrire s'entrouvrent...).
Finalement, ils y sont laissés pour morts, ou du moins très fatigués. Si leur forme en réchappe (ce qui n'est pas toujours), ils sont devenus lâches, dociles. Toute élasticité a disparu de leur matière : on leur trouve bon goût.
Leur tissage s'est aussi rapidement différencié : il faut l'ôter (il n'est plus bon à rien), et le jeter à travers la pièce...
Reste cette chair malléable et savoureuse, — qui prête moins qu'à d'abord vivre, ensuite à philosopher.

In, « Tissus»

 

Par La silure - Publié dans : Transduction
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Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 23:05

http://bric-a-brac.org/enigmes/images/impossible/relativity.jpgTransduction du Crochet à goutte d'eau d'Olivier Salon

 

Le cauchemar est compact. Noueux. Terrifiant.

Parfois, pas la moindre fissure pour espérer.

Pas le moindre trou d’invraisemblance pour lui dessiner un sourire.

Pas le moindre ronflement pour l’échancrer.

Il bombe le torse.

Et la voie s’appelle The Dream, le rêve.

Lorsque les aspérités étouffent et que toute tentative pour se raisonner et sortir du cauchemar est impossible,

Il reste un moyen. Unique. Ultime.

La réserve des grands cas.

Vous prenez un rêve à quatre sous.

C’est un simple rêve de midinette, rose et doux.

Un hameçon à cauchemar.

Vous le posez sur l’horreur qui saille

Un tout petit peu.

Voilà, il est posé.

À l’extrémité inférieure du monstre qui vous menace, vous suspendez une petite échelle d’espoir de trois fois rien.

Vous respirez.

Vous posez le pied sur la marche inférieure.

Et vous chargez lentement tout le poids de votre corps sur cette mince margelle d’espérance.

Très lentement. Tout geste brusque peut faire déloger le gentil rêve de sa maigre encoche dans le gros cauchemar.

Progressivement, votre poids se déplace à l’aplomb du rêve rose.

Au fur et à mesure, le rêve distille sa fraîcheur dans la peur et s’en trouve consolidé.

Encore plus lentement, vous vous élevez.

Évitez à tout prix de regarder sur quoi vous reposez entièrement.

Le réveil sonne.

El Sueño, O.S., éditions Serein, 2006 (p. 29)

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